Parce que mon niveau d'exaspération est anormalement bas, parce que la brise matinale réduit ma production de frustration à son minimum et que je n'ai pas envie de regarder Monsters VS Aliens pour la Xe (je ne sais pas compter jusque-là) fois
quasi consécutive (quand mon fils aime, il aime d'amour), je vais compléter un billet que j'avais écris jeudi passé, le 18 août, mais que mon ordinateur a mangé. L'excuse classique. Alors voilà.
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J'espère que vous saurez me pardonner, chers lecteurs, pour ce manque flagrant de bonne conduite blogurienne. J'ai dû m'absenter de l'écran pendant quelques jours, question de profiter des vacances familiales comme il se doit, c'est-à-dire loin de l'ordinateur et de toutes ses tentations diaboliques. Mais bon, c'est Satan qui va être content, je suis de retour pour un p'tit bout.
Mes vacances furent très agréables, merci. Nous sommes allés voir si le soleil brillait plus fort à Niagara Falls (et c'est le cas, à quantité de néons pis de p'tites lumières qui flashent là-bas, le soleil peut ben aller se rhabiller) et nous avons reçu la bella familia dans notre antre pour la deuxième portion de ce temps d'arrêt. Justement, c'est le coeur gros, mais la tête pleine de beaux souvenirs que nous leur avons souhaité un bon retour dans le Royaume du bleuet, ce matin.
Mais bon, trève d'épanchements émotifs, même si indirectement, c'est le sujet de mon billet de ce matin. En fait, je voulais vous entretenir d'un sujet où l'émotivité est reine, le stress sultan et la panique, impératrice.
Les non-inités y verront un passage obligé, mais somme toute banal, vers la toute-divine permanence fonctionnariale. Certains s'en réjouiront même, se frottant les mains comme ils le font souvent en observant le spectacle de fonctionnaires davidiens se démenant devant l'étatique Goliath. Ben quoi? Ce n'est pas ce que devraient faire tous ceux profitant des largesses (hum. hum.) de l'État? Traverser le Rubicon avant d'obtenir le droit à un minimum de stabilité, de sécurité et de prévisibilité? Ça se mérite un fond de pension môsieur. Parce que c'est moi qui paie ton salaire, môsieur. Mais bon, je m'égare.
Plusieurs, les inités, auront compris que je parle de la séance d'octroi des postes aux enseignants à statut précaire. Précaire comme dans: une permanence? dans tes rêves! Précaire comme dans:
Un « emploi précaire » ou un « travail précaire » désigne un emploi qui présente trop peu de garanties d’obtenir ou onserver dans un avenir proche un niveau de vie « acceptable », et qui engendre un profond sentiment d'incertitude sur l'avenir, un sentiment de précarité.
D'après Wikipedia. C'est cette définition qui illustre le mieux l'ambiance qui règne autour de moi aujourd'hui. "Un profond sentiment d'incertitude sur l'avenir ..." C'est exactement ça.
Dieu merci, Allah est grand, Bouddha est bien gras, je suis assez ancienne pour que cette situation m'affecte à un niveau moindre. Je serai demain matin la troisième à choisir mon poste, sur près d'une dizaine de postes intéressants (à plus de 80% de tâche) disponibles. Mais tout de même, nombreux sont ceux (nous sommes près d'une trentaine sur la liste de priorité des précaires) qui, moins anciens, doivent jongler avec l'idée de devoir choisir une tâche ingrate, alors qu'ils n'en sont qu'à quelques années d'expérience. Le genre de tâche à te rendre fou un prof permanent transpirant l'expérience et le savoir-faire. Et ça c'est ceux qui auront la "chance" de choisir une tâche, parce que la plupart repartiront bredouilles.
D'autres auront des tâches fragmentées et devront se faire spécialistes de plus de matières qu'il n'y a de période dans une journée. Et devront se séparer en autant de locaux. Ça donne des situations tellement aberrantes, parfois ...
- Tu dois compléter ta tâche? demande la direction, avide de trouver preneur pour ses miettes.
- Oui, j'ose espérer un 100%, j'suis capotée dans tête hein? répond l'enseignant, avide de se bourrer la face dans les miettes.
- Non, non, c'est parfait! Justement, il me reste de l'éthique et de l'adapt.
- Ah! Alors en plus de mes deux niveaux en univers social, où je devrai également enseigner deux matières (histoire et géo) je choisis les groupes d'éthique. Cinq préparations différentes, y'a rien là, je dors juste trois heures par nuit anyway.
- Euh ... on s'est mal compris. Ce n'est pas un choix. Tu complèteras ta tâche avec de l'éthique ET de l'adapt. Tu devras, tel Superman dans sa cabine, te transformer à la hâte entre deux battements. Et tel Arnold dans ses belles années, tu devras porter à bouts de bras le poids de tes choix. Ou plutôt de tes non-choix.
- ...
- Ouais, c'est ça, t'as pas le choix.
D'autres encore devront affronter des coupures budgétaires draconiennes car la seule tâche qu'ils auront eu la "chance" de saisir, en est une à 60, 70% parfois moins. 60% de ton salaire durant un an de temps, alors que tu as une hypothèque à payer et des enfants à habiller, c'est un sport extrême.
Remarquez, je suis tout à fait consciente que la situation est la même dans plusieurs corps d'emploi. L'accès à la permanence est un chemin de croix dans plusieurs professions et les enseignants ne sont pas les Aurores de la stabilité professionnelle. Ce qui m'enrage, en fait, (j'y arrive enfin) ce sont tous ces articles traitant du manque d'enseignants au Québec, allant même jusqu'à parler de "pénurie" et à recruter des enseignants à l'étranger.
"Selon la ministre, les accords de mobilité de la main-d'oeuvre intervenus avec les autres provinces canadiennes et l'entente conclue avec la France représentent un «atout» qui permettra d'attirer de nouveaux enseignants."
Du même souffle, la ministre met de l'avant une des principales raisons de cette soi-disant pénurie ...
"Mme Beauchamp reconnaît toutefois que le recrutement d'étudiants et la rétention des nouveaux enseignants ont «toujours été un enjeu» et que des efforts restent à faire."
Vous connaissez probablement cette sombre statistique: un enseignant sur trois quittera la profession dans les cinq premières années. Un sur trois. Un dude sur trois se dit, après quatre ans d'université à se démener pour suivre une formation insipide et complètement déconnectée (mais tout de même complétée), que malgré tout, la meilleure option demeure d'abandonner. Se réorienter. Recommencer ailleurs, autre chose. Du début. À zéro.
Donc, il y a pénurie. Plein de collègues auront de la difficulté à trouver un emploi, demain, et ce, malgré les nombreux autres collègues qui se poussent en courant (et tous ceux qui se poussent en silence, dépressifs). Mais il y a pénurie. La Commission scolaire distribue ses permanences au compte-goutte, que dis-je, avec une parcimonie et une frugalité bien radine. Et il y a pénurie. Demain matin, plusieurs collègues retourneront chez eux bredouilles, sans emploi en main, se demandant pourquoi la société ne cesse de vanter les avantages du fonctionnariat. Pourquoi la ministre de l'éducation parle de pénurie. Si pénurie il y a, elle n'est pas à Laval. Parce que ce que je verrai à Laval demain, ce sont des enseignants anxieux, stressés et angoissés à l'idée d'avoir un diplôme à accrocher au mur mais pas d'emploi pour acheter le cadre qui permettra de l'accrocher.
Sources:
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/education/201105/10/01-4398130-penurie-denseignants-la-ministre-beauchamp-se-veut-rassurante.php
http://fr.wikipedia.org/wiki/Travail_pr%C3%A9caire
Pour l'image:
http://www.collectif-papera.org/spip.php?article471