jeudi 10 avril 2014

La journée avait pourtant bien commencé ... (suite et fin)

Bien que je fusse située dans un quartier relativement homogène -à plusieurs niveaux- de Laval, je peux dire que j’en ai vu de toutes les couleurs durant cette journée. Heureusement, c’est ce qui colore ce texte me direz-vous! Cependant, comme chacun sait, après l’arc-en-ciel, le gros paquet de nuages gris …

J’en ai vu passer des bozos en ce 7 avril. Toute du bon monde. Un seul, un barbu ventru et bourru, a été brusque pas mal, en vociférant un « Anyway, je les ai déjà perdues mes élections, fait que pour ce que ça vaut! » tout en enfonçant son bulletin de vote dans l’urne avec l’énergie du désespoir, le cœur gros et la tête lourde. Madame D. s’est offusquée - avec retenue, évidemment - qu’un tel rustre ose nous brusquer ainsi, « Quel malotru! Quel goujat! » M’a-t-elle répété à maintes reprises tout au long de l’après-midi. Moi j’aurais aimé le prendre dans mes bras et lu frotter le dos, en lui faisant des tututututuuut. Je le comprenais tellement.

Et puis la journée a suivi son cours. J’en ai rencontré des drôles, des gênés, des pressés, des charmeurs, des insouciants, des résignés, des snobs, des excités, des exaspérés … mais toute du bon monde. J’étais tellement fière de la mobilisation, près de 85% des gens sur ma liste étaient venus voter!  Je me suis dit qu’ils ne pouvaient pas tous voter du bon bord, mais qu’ils ne pouvaient pas tous non plus voter du mauvais bord. Avec une lutte à quatre partis sérieux et à un je-serai-un-jour-un-grand-parti, ce n’est pas le choix qui manque. D’ailleurs, lorsqu’est venu le temps de dépouiller les votes, la lutte était très chaude. Un vote pour un, un autre pour l’autre, et presque autant pour le 3e. Un peu moins pour le 4e parti. Pis le 5e? Ben lui, y’a eu juste quatre votes, autant que le nombre de votes annulés. Mais bon, 4 votes x 1,50$, ça fait 6$ dans les poches du parti! Humm. Passons.

Vingt heures est finalement arrivé et avec lui le moment d’éventrer l’urne pour en décortiquer les entrailles. Pendant que j’additionnais les X sur les bulletins, un beat de film de suspense tournait en boucle dans ma tête et me restera en mémoire comme la bande sonore de mon lundi soir aux élections.  Lorsque le compte fut bon, mon cœur s’emballa alors je constatais que ma candidate, ma Bonnemine, figure emblématique parmi d’autres de la nation d’irréductibles que nous sommes, menait la course. Elle n’avait pas l’avance confortable la mimine, mais elle menait. De six gros votes sur le jeunot du collège. De dix sur monsieur j’augmenterai-promis-promis-les-salaires-des-profs-mais-finalement-dis-huit-mois-plus-tard-je-n’en n’ai-plus-les-moyens. Et de quarante-quelques sur l’équitable pointe de tarte.  Une belle répartition, à l’image du Québec et de sa diversité. J’avais vraiment le cœur joyeux. Le système a des ratés, mais il marche! Regardez! Un gouvernement minoritaire, où tous les partis sont bien représentés et par le fait même où tous les citoyens pourront d’une façon ou d’une autre y trouver leur compte. Moyennant évidemment un peu de bonne volonté politique, mais ça c’est une autre histoire.

Et puis le couperet est tombé, décapitant du fait même mes espoirs les plus fous pour ce peuple que j’aime d’amour et que j’enseigne à qui veut bien écouter. En allant porter l’urne engrossée de tous les formulaires dûment remplis, doublement signés et quadruplement scellés, j’ai demandé à la responsable du scrutin, le sourire niais rempli d’attentes, si elle avait une idée des résultats. À voir son sourire s’effacer, j’ai compris que je devais prendre mes jambes à mon cou et courir, courir, courir sans jamais me retourner. Pour une raison qui m’échappe, je suis demeurée là à la regarder m’annoncer, penaude telle une enfant que l’on punit, que Pierre Bruneau avait prédit un gouvernement Libéral majoritaire. Je me rappelle l’avoir remerciée et m’être rapidement dirigée vers l’extérieur… pas question que l’on me voie pleurer, ce n’est qu’une élection. Ce n’est que quatre ans. Ce n’est qu’un gouvernement. Ce n’est que … mais pourquoi ne puis-je pas m’arrêter de pleurer? Je dois être fatiguée. Je vais aller me coucher en arrivant. Pour ça il faudrait que j’y arrive, je ne vois rien, j’ai les yeux plein d’eau. Mon chum m’attend sur le pas de la porte, il m’a entendue arriver et sait que je serai démolie. Si je me connaissais aussi bien que lui me connait, je n’aurais pas demandé les résultats avant de partir de l’église. Et je serais montée me coucher. Mais comme mon comportement est souvent une série de « what the?» aux yeux de mon raisonnement, j’ai ouvert mon ordinateur et je suis allée voir ce qu’en pensait Facebook. Erreur. Non seulement la plupart de mes amis étaient consternés, ils  étaient atterrés. Rien pour me remonter le moral. Ne pas réélire le PQ c’est une chose, il a un peu couru après. Mais élire, d’une importante majorité dois-je le rappeler, les Libéraux dont nous savons tous qu’ils sont corrompus jusqu’à la moelle? Pourquoi pas la CAQ? Ou Québec solidaire? Même Option nationale est un choix éclairé comparativement à toutes ces personnes que l’on voit défiler devant madame la juge, l’air repenti mais les doigts croisés dans le dos.

 Les fils se sont touchés, je me suis dit qu’au lieu d’insulter personnellement tous ceux qui se vantaient d’avoir gagné leurs élections, (mais dont la jouissance réelle était de voir la première ministre sortante perdre le pouvoir) mieux valait faire un appel à tous générique : tu as voté Libéral, (lire : tu as voté contre le français, contre la dette, pour la corruption et le multiculturalisme, contre les programmes sociaux et la culture, pour la toute-puissante entreprise privée et la collusion, tu as voté pour Sam Hamad et Gaétan Barette, tu as voté contre la Commission Charbonneau et pour la signature de la constitution canadienne, tu as voté pour Gilles Vaillancourt et Tony Accurso… ok, on arrête là, ma pression monte.) Bref, tu as voté Libéral, alors tu mérites mon mépris. Je l’ai regretté après. Je me suis rappelée que des amies très proches prévoyaient voter Libéral et que je les avais sûrement blessées. Je me suis rappelée que c’est par l’éducation que l’on change les mentalités et non pas par l’arrogance et la hargne. Je me suis rappelée que mon beau grand pays, il va falloir que je l’explique aux autres, pour qu’ils cessent d’en avoir peur. Qu’il va falloir que je leur montre d’où l’on vient, d’où cette soif de liberté et d’indépendance est issue et ce qu’a traversé le Québec depuis bientôt 500 ans pour en arriver là. Surtout, surtout, il va falloir que je me rappelle que ma nation a déjà affronté des périls bien pires que quatre années de mauvais gouvernement.

Et qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.  

mercredi 9 avril 2014

La journée avait pourtant bien commencé ... (2 de 3)

Monsieur Mo nous a parlé un peu de son Maroc natal, que ses parents avaient immigré ici principalement pour offrir à son frère et lui une meilleure éducation, mais que dès qu’il en aurait la chance, il retournerait là-bas. Ses parents y possèdent encore un appartement que la famille occupe tous les étés, à 15 minutes de l’océan. Ça m’a fait penser à mon père qui aimerait tellement qu’après son décès, j’utilise son bungalow du fin fond de l’Ontario rurale comme chalet. «Yien que vingt minutes de becycle pis t’arrives à un beau p’tit marais où tu peux pêcher du brochet long d’même! ». Ouiiii papa.  

Je vous raconte ça et on a eu l’air d’avoir jasé toute la journée, mais détrompez-vous. Nous nous sommes démenés pour permettre à la plèbe d’exercer son droit le plus fondamental. Dès l’ouverture, il y avait foule. On faisait la file pour choisir qui sera le prochain à représenter notre petite circonscription lavalloise. Allait-on reconduire le mandat octroyé à la députée péquiste sortante? Fort sympathique d’ailleurs, la dame. Plus petite que sur sa photo de pancarte, quoique perchée moins haute, elle me faisait penser à Bonnemine, mais teinte en brun. Elle, tout comme le jeunot du parti Libéral, sont venus serrer des mains. Ce dernier a dit en voyant la canette de thé glacé format gros cochon de monsieur Mo « Haha! Très bon choix, moi aussi j’en ai bu en masse au collège». On en apprend beaucoup sur les gens selon qu’ils utilisent le terme collège ou CÉGEP.

Madame D. elle, n’aurait jamais osé boire son 10 litres de thé glacé à la table, elle a dû me répéter 23 fois que ça la gênait tellement de manger son sandwich devant le monde. Elle enviait mon sandwich sur pain baguette et m’a avoué qu’elle avait choisi de faire le sien avec du pain tranché parce que ça s’avalait plus vite. En fait, elle a fait ça tellement vite que je ne me rappelle pas l’avoir vue mâcher. Elle m’en a avoué pas mal des affaires cette journée-là. Entre autres que sa voisine d’en face, celle qui est là-bas et qui s’en va voter à l’autre table, ben elle l’a invitée à son mariage et elle la considère comme sa deuxième mère … « mais comprends-tu, je ne la connais presque pas! Que veux-tu que j’aille faire là ma foi du Bon Dieu? ». Elle m’a aussi avoué que son sac à lunch, c’était sa belle-sœur qui lui avait prêté et que ça n’avait toujours ben pas de bon sens de faire des sacs à lunch aussi roses. Une vraie belle petite madame.


 J’ai été gâtée en p’tite madame ce jour-là … il y a d’abord eu ma plus vieille. Née en avril 1929. Je lui ai dit, avec mon sourire des dimanches ensoleillés, que c’était notre électrice la plus âgée de la liste! Dans un rictus, elle m’a craché au visage qu’elle n’en avait rien à foutre et que j’avais intérêt à lui sacrer patience, qu’on en finisse.  En fait son dentier était trop grand, je n’ai rien compris, mais c’est ce que j’en ai déduit.  Il y a ensuite eu notre Asiatique, si fraîchement arrivée que je n’étais pas sûre qu’elle l’ait réalisé encore. Son mari nous a demandé s’il pouvait voter pour elle.  Nous lui avons répondu non. Il nous a demandé s’il pouvait aller avec elle derrière l’isoloir pour lui montrer pour qui voter. Nous lui avons répondu non. Il a compté les candidats, il lui a dit de voter pour le troisième. Elle est allée derrière l’isoloir. Elle est revenue et a eu l’air de lui demander, « À partir d’en bas ou à partir d’en haut? ». C’est à ce moment que je me suis pris la tête entre les mains et que j’ai pleuré.  Elle est allée derrière l’isoloir et est revenue. Elle nous a montré son vote pour nous demander si c’était le bon candidat qu’elle avait choisi. Madame D. m’a regardée, je l’ai regardée, monsieur Mo a pris une gorgée de thé glacé, nous rêvions tous d’être ailleurs. J’ai eu une pensée pour  Guy Nantel.  J’ai expliqué à la dame, en anglais of course, que le vote devait être secret. Elle a souri de honte, j’ai souri de rage, son mari a souri de gêne, elle a déchiré son vote au mauvais endroit, il a fallu tout recommencer. Shit. 

À suivre ... 

mardi 8 avril 2014

La journée avait pourtant bien commencé ...

J'avais bien dormi, étrangement. Je dis étrangement parce que d'habitude, avant un évènement stressogène je dors mal. Je me réveille tout le temps, je regarde le cadran, le coeur serré d'avoir cru passer tout droit. Là, j'avais bien dormi. Je me suis même réveillée dix minutes avant que ne résonne l'alarme, heureuse de pouvoir regarder s'égrainer les secondes avant de m'extirper de la moiteur de mes draps. Je me suis ensuite levée, ravitaillée, douchée, habillée et préparée le sourire aux lèvres. Il y avait même du Coldplay qui jouait dans la salle de bain pendant mes ablutions, c'était définitivement un début de journée de grand champion.

Cette journée-là, je travaillais. Une p'tite jobine, on the side, pour le gouvernement. Après 9 mois d'une maternité épanouissante mais accaparante, me rendre utile moyennant retribution m'apparaissait comme une heureuse occasion de gambader à travers le vaste monde, child-free. Somme toute, il ne semblait n'y avoir que du positif à cette expérience dont l'hypothèse de départ était: "Si une journée commence bien, il n'y a aucune raison pour que les élections du soir même ne finissent mal". Oh que j'avais tout faux. Mais poursuivons plutôt sur notre lancée optimiste. Comme je le disais, cette journée-là, je travaillais aux élections. Je travaillais pour ce DGE qui, quelques semaines plus tôt, avait rassuré la populace: il n'y a rien d'étrange à ce qu'un Ontarien qui ne désire pas s'intégrer ici au point d'apprendre le français tienne tout de même à participer à la vie politique. Ils adorent la politique québécoise les Ontariens, c'est bien connu. De vrais mordus. 

Bref, j'étais une des trois zoufs qui vous accueille lorsque vous venez voter. Celle du milieu, pour être exacte. Ma tâche consistait principalement à cocher d'un petit crochet le nom de ceux qui étaient venus remplir leur devoir de citoyen. J'avais d'autres fonctions aussi, mais aucune occasion de les mettre en oeuvre ne s'est présentée. Je pouvais, par exemple, faire prêter serment à quelqu'un qui, d'après les petits crochets sur ma feuille, avait déjà voté par anticipation. S'il me jurait que ce n'était pas lui, qu'il devait y avoir erreur, que cette journée-là il était chez sa soeur à Sherbrooke et que jamais au grand jamais il n'oserait frauder le système, je pouvais le faire voter. Mais ça ne m'est pas arrivé. 

Donc je me suis présentée ce matin-là, à l'immense église évangélique du coin. Tellement immense, que nous étions dans le gymnase de l'église. T'imagines? Un gymnase dans une église. J'étais pas loin du panier de basket. Pis après on se demande pourquoi les églises catholiques se vident... avez-vous déjà joué au basket entre deux professions de foi vous? Moi j'ai déjà ronflé, rêvassé et somnolé, mais joué au basket? Jamais. Alors ce n'est pas loin du panier de basket que j'ai rencontré madame D. Elle m'attendait, elle venait tout juste d'arriver et avait commencé à ouvrir l'urne pour la vider de ses innombrables enveloppes, scellés et formulaires, dont le précieux A-38. Je me suis présentée, elle était contente de me voir. Ravie serait plus juste. La personne que je remplaçais (on m'a appelée à la dernière minute) avait un nom imprononçable et je crois que ça la rendait anxieuse. Elle était toute délicate, une vraie belle petite madame. Elle ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait, elle avait été inscrite par quelqu'un (mais qui, diantre?) et on l'avait appelée. Elle avait accepté et suggéré que l'on engage également monsieur. Alors ils étaient là, tous les deux, pour un gros douze heures d'immersion électorale. Peu de temps après, s'est présenté monsieur Mo. D'origine maghrébine, étudiant à Momo, lui il savait qui l'avait inscrit. C'était maman. Il étudiait en sciences humaines, voulait se rendre à l'université en droit mais devait passer avant par quelques cours en tant qu'étudiant libre pour augmenter sa cote Z. ou R. Je n'ai pas trop suivi. Il a dû faire un "what's up?" à la demie-heure à des "bros" qui étaient venus voter. Il était sympathique, monsieur Mo, apparemment il avait un grand cercle d'amis. Lui sa job c'était de marquer le numéro des électeurs qui venaient voter sur une liste et de transmettre cette liste aux différents partis politiques. T'sais quand ton parti t'achale le jour de l'élection pour te rappeler d'aller voter? Ben c'est en partie à cause de monsieur Mo. Il n'était pas jasant monsieur Mo. Alors la toute douce madame D, dont on se rappelle qu'elle n'aime pas trop ceux qui ont des noms à consonnance exotique, s'est occupée de lui faire la conversation, passionnée qu'elle était de comprendre ce que les femmes voilées pouvaient bien trouver d'agréable à se couvrir ainsi. La journée s'annonçait épique. 

... à suivre.

dimanche 17 février 2013

C'est plate. Comme dans plate de chez Plate.

Ouin ben ... c'est plate.

Habituellement je ne suis pas du genre à me plaindre, mais là, c'est plate.

Après deux ans de valeureux efforts et d'énergies énergiquement dépensées, mais surtout d'un don de soi exceptionnel (surtout pour l'Homme, ce bout-là) l'arbre de notre amour a fini par donner des fruits. Un fruit, en fait. Qui sera mûr à la mi-juillet, mais cueilli une semaine avant grâce aux bons soins de notre médecine moderne.

D'ici la récolte des nuits blanches et des couches empestant le méconium, je suis retirée du travail, mon organisme n'ayant pas cru bon se prémunir contre les attaques dues au parvovirus. Virus également connu pour son 5e rang dans la grande liste des maladies. Ses amis l'appellent aussi l'érythème infectieux. Pis les anglos le slapped cheek syndrome. Bref, j'suis pas immunisée, donc retirée de l'école où j'enseigne, donc à la maison à longueur de longues longues journées.

Pis c'est pas pour moi. Je comprends parfaitement que certaines personnes (et même, de plus en plus d'hommes!) trouvent le bonheur dans la douceur de leur foyer, mais ce n'est pas mon cas. Je trouve mes journées affreusement, mortellement, ennuyeusement ... plates.

J'en profite pour passer du temps avec fiston, pour aider Bones à résoudre des énigmes criminelles grâce à mes absentes connaissances anthropologico-médicales, pour me reposer, lire et aller au cinéma. Je trouve même un peu de temps pour procrastiner sur cette diabolique invention chronophage qu'est Facebook. C'est tout dire. En désespoir de cause je me suis inscrite à l'université pour tenter de combattre l'ennui par le manque de temps et je devrais commencer des études à distance ... quand l'administration aura complété mon inscription, c'est-à-dire dans mille ans. D'ici là, vous l'aurez deviné ... c'est plate.

Vendredi prochain nous connaîtrons peut-être le sexe du fruit défendu (nous ne sommes pas mariés) et j'aurai un nouveau déversoir pour mon ennui dans la préparation du comité d'accueil de cet hériter deuxième; je pourrai intoxiquer la morosité avec les effluves de peinture et noyer la langueur dans l'eau de lavage des couches.

Le mois prochain les premiers cuicuis printaniers me permettront de dépoussiérer l'ennui dans une valse endiablée de ménage de saison et les rayons ensoleillés chargés d'une douceur toujours plus chaude me permettront de balayer à l'extérieur les restants de spleen hivernal. Mais pendant que nos amis à poil hivernent toujours ... je suis lasse, très très, lasse.  

Je sais, je sais, je vous entends d'ici me dire que je ne suis pas à plaindre, que ça pourrait être pire, que je pourrais être en train de travailler à m'en fendre le crâne, de corriger des gratte-ciel de copies, de discipliner des étudiants ne sachant même pas épeler discipline ... D'autres m'en voudront de me lamenter le ventre plein alors que tant d'autres femmes tueraient pour avoir le ventre vergeturé. Finalement, certaines pourraient me reprocher de m'embêter alors qu'elles ont subit une grossesse si exigeante au niveau professionnel qu'un peu d'emmerdement aurait été le bienvenu. À vous tous je répondrai, je sais, je sais.

Mais n'empêche ... c'est plaaaaaaaate.

samedi 3 novembre 2012

Journée pédagogique, je t'aime.

Je me rappelle quand j'étais jeune, et moins jeune, ma mère pestait constamment contre les pédagos. Elle disait que nous étions tout le temps en congé et que les profs ne travaillaient jamais. Ça sentait un peu la jalousie, mais beaucoup la lassitude de devoir trouver une façon de veiller sur nous sans que sa banque de maladies y passe. Parfois un des deux représentants de l'autorité parentale demeurait à la maison et d'autres fois, lorsque nous étions chanceux, nous accompagnions maman au boulot. Nous passions la journée, le frérot et moi, à dessiner sur du papier format légal et à jouer au journaliste blasé sur la vieille machine à écrire. Ah! Que j'en ai découvert des scoops juteux et des histoires scabreuses sur la vie de Joe McIntyre.

Aujourd'hui je comprends mieux la nécessité de ces journées dites pédagogiques, mais que je qualifierais de salvatrices. Non seulement elle permettent aux enseignants d'échanger, de partager, de rattraper et d'avancer mais surtout elles permettent de sortir de l'isolation inhérente à notre métier. C'est lors de ces journées que les rires sont les plus francs, que les discussions sont les plus vraies et que la collégialité est la plus efficace. Ce sont des éclaircies dans l'ouragan de la fin d'étape. Ce sont des boutons pause dans le jeu vidéo de la scolarité. Ce sont des mises en quarantaine loin de la faune estudiantine.

Ce sont de ces moments qui nous permettent de ressouder les liens si précieux qui nous unissent et qui donnent à cette école une âme.

Pédagos, merci.

jeudi 1 novembre 2012

Ho! Ho! Heu?

Ce temps de l'année est revenu.

Oui, CE temps. Celui où le seul tintement d'une clochette emplit le coeur de certains ... et attise la hargne des autres. 1er novembre, date éthiquement minimale à laquelle l'industrie l'Industrie du vieillard barbu se permet de nous rabattre les oreilles avec ses annonces publicitaires racoleuses.

Ce n'est pas que la Corporation s'empêche de semer des fa-la-la ici et là avant la Toussaint fatidique, mais elle le fait avec parcimonie, délicatement, pour ne pas brusquer personne ... jusqu'au premier novembre, cette semaine  fatale où le Publi-Sac roule les yeux à la vue de sa taille élargie ainsi que de sa poignée qui s'amincit à porter un si lourd fardeau.

Effectivement, dans les jours qui suivent l'Halloween, immanquablement, tu ouvres le précieux sac d'aubaines et absente est ta surprise de voir que tous les Commerçants se sont donné le mot: les circulaires arborent des étoiles scintillantes, des boucles bouffantes et des sapins enneigés. Peu osent le Père Noël. Nous sommes encore dans l'évocation de l'Avant-Noël. La neige. Le froid. La nuit. Certains sont obscènes et vont jusqu'à mettre quelques cadeaux en coin de page, mais ce n'est pas le jeu du Détaillant moyen. Le Commerce aime bien jouer à l'agace. Il nous apprivoise jusqu'à nous faire rendre normal ce qui aurait outré nos grands-mères. (Même si Dieu sait qu'elles s'outraient d'un rien. Vous voyez, juste l'invocation du Saint Père aurait fait sourciller mon aïeule.)

Mais bon, trève de machinations socialistes, jusqu'à preuve du contraire, le système capitaliste est encore ce qui se rapproche du moins pire pour l'animal qu'est l'homme. La pub, le marketing ça fait partie de la game. D'la business. Si y'a des vendeur, c'est qu'il y a des acheteurs. Brassez un peu le consommateur compulsif en vous (et n'ayez crainte, je m'inclus dans le lot) au lieu de trucider le marchand de rêve.

Mais voilà encore que je m'égare.

Là où je voulais en venir, c'est que cette année ne faisant pas exception, il s'en trouve toujours pour redouter le temps des réjouissances et d'autres pour l'anticiper. Certains se languissent de réentendre Fernand Gignac roucouler (ah! quel homme!) et d'autres ne peuvent imaginer qu'il n'y ait pas une loi interdisant d'ériger de façon festive quelque conifère que ce soit avant décembre.

Et la guerre est déclarée.

Ce sera à celui qui réussira à faire aimer ou détester l'idée même de l'approche du temps des Fêtes à l'autre.

À quel moment devient-il sain d'évoquer Noël? Puisqu'il s'agit là d'une fête en décembre, pourquoi ne pas débuter avec le 1er décembre. Cela nous semble logique.

Le 1er décembre, je fais mon sapin. Et je décore la casba.

Ah et il ne faut pas que j'oublie de gâter l'héritier. Et l'amoureux alpha. Et la famille. Celle avec un grand F et l'autre avec un p'tit f. Mais pas tous là ... quand même. Bon.

Maintenant, la bouffe. Parce que ça mange, tout ce beau monde là, pendant les festivités! Hé! Pis ça mange bien à part de ça. Ben, en fait ça mange mal. Mais c'est un mal qui goûte le bien. Et du bon manger, ça se mijote un bon bout de temps à l'avance. D'abord dans nos têtes, puis lentement vers nos chaudrons et nos fours.

Ah mais vous ne m'y prendrez pas! Avant le premier décembre, pas question de siffloter des cantiques à la cuisinière. Je préfère, et de loin, profiter du moment présent. De ce frisquet mois de novembre. C'est l'avant-dernier mois de l'année tout de même, mieux vaut en apprécier chaque instant, n'est-il pas?

Ah! quel beau mois ... le froid qui sournoisement pénètre nos os et le soleil qui tout doucement s'éloigne, sa chaleur à la main. Je tiens à déguster absolument chaque seconde de ce temps de l'année. Le mois des morts, quel mois poétique.  Tout est gris, tout est humide, tout est gelé. La nature passe de l'état de mort cérébrale à celle de mort clinique. Un mois qui, à défaut de nous réchauffer le coeur, nous inonde de ses sueurs froides. Mort, partout la mort. Ah. Nous pourrions être tentés de nous réjouir dans l'anticipation des réjouissances à venir, mais non. Non! Repoussons cette Joie qui nous anime tous en période de festivités.

Je préfère jouir de novembre.

Ceci dit, je ne déteste pas non plus le sarcasme.

Avec tout le temps passé ici à philosopher sur cette question des plus existentielle, je n'ai même pas eu le temps de feuilleter le Méga Catalogue que Toys R us a envoyé à la demie-portion (c'était dans le courrier, et clairement, selon lui, ça ne m'est pas destiné). Il a déjà coché pas mal tout ce qui n'était pas rose.

... le décompte est commencé !

Joyeuses réjouissances, peu importe quand vous commencerez!







samedi 15 septembre 2012

D'utérus et de planif.

Je viens de terminer ma planification (trop) détaillée - merci au comité "Normes & modalités" de l'an passé grâce à qui cet extrait de zèle à été rendu nécessaire - et je savoure la coupe de la victoire. La direction dit qu'une planification aussi détaillée est essentielle à une transition efficace en cas d'absence prolongée d'un enseignant. Alors je me dis que c'est mon utérus qui travaille par ce bel après midi de congé. Il prépare le terrain pour un rapide retrait préventif. (M'inventer du staff qui travaille à ma place, no charge, ça évite de déprimer quand vient le temps de sacrifier une demi-journée de congé pour la Commission scolaire).