samedi 3 novembre 2012

Journée pédagogique, je t'aime.

Je me rappelle quand j'étais jeune, et moins jeune, ma mère pestait constamment contre les pédagos. Elle disait que nous étions tout le temps en congé et que les profs ne travaillaient jamais. Ça sentait un peu la jalousie, mais beaucoup la lassitude de devoir trouver une façon de veiller sur nous sans que sa banque de maladies y passe. Parfois un des deux représentants de l'autorité parentale demeurait à la maison et d'autres fois, lorsque nous étions chanceux, nous accompagnions maman au boulot. Nous passions la journée, le frérot et moi, à dessiner sur du papier format légal et à jouer au journaliste blasé sur la vieille machine à écrire. Ah! Que j'en ai découvert des scoops juteux et des histoires scabreuses sur la vie de Joe McIntyre.

Aujourd'hui je comprends mieux la nécessité de ces journées dites pédagogiques, mais que je qualifierais de salvatrices. Non seulement elle permettent aux enseignants d'échanger, de partager, de rattraper et d'avancer mais surtout elles permettent de sortir de l'isolation inhérente à notre métier. C'est lors de ces journées que les rires sont les plus francs, que les discussions sont les plus vraies et que la collégialité est la plus efficace. Ce sont des éclaircies dans l'ouragan de la fin d'étape. Ce sont des boutons pause dans le jeu vidéo de la scolarité. Ce sont des mises en quarantaine loin de la faune estudiantine.

Ce sont de ces moments qui nous permettent de ressouder les liens si précieux qui nous unissent et qui donnent à cette école une âme.

Pédagos, merci.

jeudi 1 novembre 2012

Ho! Ho! Heu?

Ce temps de l'année est revenu.

Oui, CE temps. Celui où le seul tintement d'une clochette emplit le coeur de certains ... et attise la hargne des autres. 1er novembre, date éthiquement minimale à laquelle l'industrie l'Industrie du vieillard barbu se permet de nous rabattre les oreilles avec ses annonces publicitaires racoleuses.

Ce n'est pas que la Corporation s'empêche de semer des fa-la-la ici et là avant la Toussaint fatidique, mais elle le fait avec parcimonie, délicatement, pour ne pas brusquer personne ... jusqu'au premier novembre, cette semaine  fatale où le Publi-Sac roule les yeux à la vue de sa taille élargie ainsi que de sa poignée qui s'amincit à porter un si lourd fardeau.

Effectivement, dans les jours qui suivent l'Halloween, immanquablement, tu ouvres le précieux sac d'aubaines et absente est ta surprise de voir que tous les Commerçants se sont donné le mot: les circulaires arborent des étoiles scintillantes, des boucles bouffantes et des sapins enneigés. Peu osent le Père Noël. Nous sommes encore dans l'évocation de l'Avant-Noël. La neige. Le froid. La nuit. Certains sont obscènes et vont jusqu'à mettre quelques cadeaux en coin de page, mais ce n'est pas le jeu du Détaillant moyen. Le Commerce aime bien jouer à l'agace. Il nous apprivoise jusqu'à nous faire rendre normal ce qui aurait outré nos grands-mères. (Même si Dieu sait qu'elles s'outraient d'un rien. Vous voyez, juste l'invocation du Saint Père aurait fait sourciller mon aïeule.)

Mais bon, trève de machinations socialistes, jusqu'à preuve du contraire, le système capitaliste est encore ce qui se rapproche du moins pire pour l'animal qu'est l'homme. La pub, le marketing ça fait partie de la game. D'la business. Si y'a des vendeur, c'est qu'il y a des acheteurs. Brassez un peu le consommateur compulsif en vous (et n'ayez crainte, je m'inclus dans le lot) au lieu de trucider le marchand de rêve.

Mais voilà encore que je m'égare.

Là où je voulais en venir, c'est que cette année ne faisant pas exception, il s'en trouve toujours pour redouter le temps des réjouissances et d'autres pour l'anticiper. Certains se languissent de réentendre Fernand Gignac roucouler (ah! quel homme!) et d'autres ne peuvent imaginer qu'il n'y ait pas une loi interdisant d'ériger de façon festive quelque conifère que ce soit avant décembre.

Et la guerre est déclarée.

Ce sera à celui qui réussira à faire aimer ou détester l'idée même de l'approche du temps des Fêtes à l'autre.

À quel moment devient-il sain d'évoquer Noël? Puisqu'il s'agit là d'une fête en décembre, pourquoi ne pas débuter avec le 1er décembre. Cela nous semble logique.

Le 1er décembre, je fais mon sapin. Et je décore la casba.

Ah et il ne faut pas que j'oublie de gâter l'héritier. Et l'amoureux alpha. Et la famille. Celle avec un grand F et l'autre avec un p'tit f. Mais pas tous là ... quand même. Bon.

Maintenant, la bouffe. Parce que ça mange, tout ce beau monde là, pendant les festivités! Hé! Pis ça mange bien à part de ça. Ben, en fait ça mange mal. Mais c'est un mal qui goûte le bien. Et du bon manger, ça se mijote un bon bout de temps à l'avance. D'abord dans nos têtes, puis lentement vers nos chaudrons et nos fours.

Ah mais vous ne m'y prendrez pas! Avant le premier décembre, pas question de siffloter des cantiques à la cuisinière. Je préfère, et de loin, profiter du moment présent. De ce frisquet mois de novembre. C'est l'avant-dernier mois de l'année tout de même, mieux vaut en apprécier chaque instant, n'est-il pas?

Ah! quel beau mois ... le froid qui sournoisement pénètre nos os et le soleil qui tout doucement s'éloigne, sa chaleur à la main. Je tiens à déguster absolument chaque seconde de ce temps de l'année. Le mois des morts, quel mois poétique.  Tout est gris, tout est humide, tout est gelé. La nature passe de l'état de mort cérébrale à celle de mort clinique. Un mois qui, à défaut de nous réchauffer le coeur, nous inonde de ses sueurs froides. Mort, partout la mort. Ah. Nous pourrions être tentés de nous réjouir dans l'anticipation des réjouissances à venir, mais non. Non! Repoussons cette Joie qui nous anime tous en période de festivités.

Je préfère jouir de novembre.

Ceci dit, je ne déteste pas non plus le sarcasme.

Avec tout le temps passé ici à philosopher sur cette question des plus existentielle, je n'ai même pas eu le temps de feuilleter le Méga Catalogue que Toys R us a envoyé à la demie-portion (c'était dans le courrier, et clairement, selon lui, ça ne m'est pas destiné). Il a déjà coché pas mal tout ce qui n'était pas rose.

... le décompte est commencé !

Joyeuses réjouissances, peu importe quand vous commencerez!







samedi 15 septembre 2012

D'utérus et de planif.

Je viens de terminer ma planification (trop) détaillée - merci au comité "Normes & modalités" de l'an passé grâce à qui cet extrait de zèle à été rendu nécessaire - et je savoure la coupe de la victoire. La direction dit qu'une planification aussi détaillée est essentielle à une transition efficace en cas d'absence prolongée d'un enseignant. Alors je me dis que c'est mon utérus qui travaille par ce bel après midi de congé. Il prépare le terrain pour un rapide retrait préventif. (M'inventer du staff qui travaille à ma place, no charge, ça évite de déprimer quand vient le temps de sacrifier une demi-journée de congé pour la Commission scolaire).

vendredi 14 septembre 2012

Y'a de l'espoir...

... je viens d'installer l'application Blogger sur ma tablette. Avec tout le temps que je perds à niaiser sur cette machine du diable, j'peux pas croire que j'en trouverai pas un peu pour bloguer. En tout cas là j'ai pu en trouver un peu, le temps que l'agent Ozo sauve le monde en trois p'tites étapes.

Si je pouvais me contenir aussi, j'écrirais plus souvent. Je prends toujours un gros deux heures (un p'tit trois heures) pour écrire mes billets. Si je venais y écrire quelques lignes (plusieurs mots) à chaque fois qu'une image de billet (qui vaut mille mots) me passe par l'esprit, je serais plus assidue. 

Cette fois-ci, je me suis piégée, j'ai décidé de commencer à écrire sachant pertinemment que je dois quitter dans quelques dizaines de minutes pour aller chercher le rejeton premier. Alors je suis limitée dans la tergiversation, j'écris comme ça vient. Ça me manque d'écrire. Je devrais ... 

... il faudrait que je compte le nombre de "je devrais" qui sortent de ma bouche à chaque jour. Il faudrait aussi que je compte le nombre de "faudrait". Je crois que je me ferais peur. 

Je disais donc que je devrais (je dois) écrire plus souvent. Ne serait-ce que pour pouvoir m'alléger l'esprit. Je viens d'avoir un flash qui me plaît parce qu'il va me faire paraître une ou deux générations plus jeune: je viens de me dire que ça serait vraiment le pied d'avoir une pensine comme Dumbledore. Une genre de grosse vasque qui me permettrait (on peut laisser faire la baguette) d'y déverser une partie de mon disque dur cérébral. 

Voilà donc, je me dis qu'il faudrait ben venir écrire quelques mots qui devraient être publiés plus souvent. 

Mais là, tout de suite, je me dis qu'il faut que j'aille chercher junior. 

... 

Hey! Ça marche! Un billet. Vingt minutes. Ka-chow.   

samedi 3 mars 2012

Relâche, jour 1. La désintoxication commence à peine.

Ce matin en me levant, le hamster s'est remit à courir. Les yeux clos, sans même avoir bougé d'un iota, je l'ai senti s'activer dans ma cervelle. Je l'aurais cru plus occupé à trouver le moyen d'oublier l'envie urgente d'uriner, mais non. J'imagine que c'est instinctif, chez les rats d'intérieur, cette propension à se faire aller le couraillage dès les premiers signes d'éveil. Je l'aurais bien étouffé dans son brin de scie, l'%$@*?! d'hamster, mais fiston est arrivé sur les entrefaites. Le calcul "brin de scie + fiston = grasse matinée" m'a aussi effleuré l'esprit mais l'équation "brin de scie + fiston = Claude Poirier outré" m'a rapidement ramenée à la réalité.

Faut souffrir pour être parent, paraît-il.

N'empêche, je ne pense pas que j'aurais pu me rendormir. J'suis encore trop intoxiquée. Ma première pensée ce matin a été pour cette élève, isolée parmi les seules, qui manifestement boycotte les effluves de propreté et a les cheveux plus gras qu'un réchaud de Mc Do. Elle m'a confiée hier (mais je suis certaine que vous-même vous vous en doutiez, juste à la description que j'en ai faite), à la dernière minute, de la dernière période, de la dernière journée avant la relâche, être victime d'intimidation. Je me suis demandée, ce matin, en me remontant la couette sous le menton, ce que je pourrais bien faire pour y mettre un terme. À la putride odeur d'adolescence évidemment, mais surtout à l'intimidation. (Que voulez-vous, c'est la mode, abolir l'intimidation. Ça tombe bien, le ministère de l'éducation (et de 3-4 autres patentes) ne savait plus comment abolir l'ignorance,  alors ils ont changé de cible. Voyez, je suis de mon temps.)

Come on Cath. T'es en relâche bâtard. Pense plutôt à la crêpe de la mort que tu pourrais te faire. Aux activités familiales dans lesquelles tu vas traîner fiston sous prétexte que c'est pour lui que tu les fait. À tous ces amis à qui tu as dit "Y faut! On s'appelle!" dans les six derniers mois années. À tous le ménage qui t'attends, au pire. Mais oublie l'école. Le temps d'une semaine (que dis-je, le temps d'un souffle, un battement de cil ... la relâche est si vite passée). Le temps de te désintoxiquer des problèmes des autres, de l'incongruité du système scolaire québécois, de l’Himalaya de boulot qui t'attends; des décos de Pâques à acheter pour décorer la classe (j'aime vivre dangereusement avec la religion) au prochain examen à bâtir (qui portera sur la christianisation de l'Occident. Dites pas à mon assureur que je pratique ce genre de sport extrême, des plans pour qu'il hausse ma prime d'assurance-vie). Le temps de te sevrer du rythme de vie effréné, des retenues à donner et des réunions auxquelles assister.  

Pas que ça me manque, détrompez-vous. Je veux dire, être prof, c'est comme être maman. On aime tous ça, mais même au resto, alors que tu veux faire le vide et te concentrer sur le moment présent pour savourer l'extase d'être en amis, devant une bonne bouffe, tu peux pas t'empêcher d'avoir des to-do qui te poppent dans cerveau. Une retenue à donner. Un parent à appeler. Un collègue à varloper. Un manuel à retrouver. ARGH!

Alors voilà, je me considère en désintox. Je me donne jusqu'à lundi pour vomir tout ce qui me reste de ma tâche enseignante dans le sang et redevenir un salarié blasé en vacances. Après lundi, si l'élève nauséabonde vient encore hanter mon esprit, j'aurai échoué. Ou peut-être pas, c'est selon.

dimanche 26 février 2012

Payer oui, mais payer moins et surtout mieux.

Sujet chaud s'il en est un, j'ai décidé d'aborder le lourd sujet de la hausse des frais scolaires par le gouvernement Charest. Non pas pour prendre position, mais bien pour essayer de me faire une tête en réfléchissant tout haut par écrit.

Tout d'abord, une chose est claire dans mon esprit: personne n'est contre la vertu. Tout le monde aimerait un accès plus facile et moins coûteux à l'éducation, cela va de soi. Une société qui prônerait la diplomation du plus grand nombre (non pas en nivelant vers le bas, comme c'est actuellement le cas) s'assurerait une main d'oeuvre de haut calibre, performant dans des secteurs bien rémunérés et créant ainsi un Québec concurrentiel sur le plan international, particulièrement au niveau des secteurs de pointe. Cet argument est souvent mit de l'avant par les associations étudiantes et autres défenseurs du statut quo. Dans un monde sans aucune autre contrainte budgétaire, ou autre variable économique, j'imagine que le Québec, société fondamentalement socialiste et de gauche, favoriserait une éducation de masse à bas prix. 

Là j'en vois déjà quelques-uns lever la main dans le fond de la classe et me répliquer un "Oui mais madame...". Attends ton droit de parole le jeune, c'est moi qui parle. Et tu sais quoi, je te vois venir avec ton "de meilleurs salaires engendrent une augmentation des impôts payés à l'État! Dans tes dents la pseudo-économiste fasciste". Ouais, t'as raison. Et tu sais quoi? Une augmentation des salaires des enseignants aussi, engendrerait une augmentation des impôts payés à l'État et je ne met pas le feu au Cégep du Vieux pour autant.  J'veux dire, tous les arguments économiques qui pourraient être servis dans ce débat n'aident en rien les partisans du maintient des frais au niveau actuel. Non, nous ne pouvons pas nous le permettre. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de subventionner l'entreprise privée et encore moins d'offrir des ressources à rabais et pourtant c'est ce que le gouvernement fait en ce moment (et ça ne date pas d'hier évidemment). 
Mais voilà, selon moi, d'aller chercher des revenus là où se trouve l'argent, dans les poches des grosses corporations et des sociétés étrangères exploitant nos trésors nationaux comme l'eau, le sol ou la forêt c'est une idée en or. Vraiment. C'est après que je déchante. Comment dépenser ces revenus dans le meilleur intérêt du plus grand nombre, selon vous?  En permettant une formation post-secondaire (je devrais même écrire post-cégepienne) à très faible prix? Ou en améliorant l'accessibilité aux soins de santé? Poser la question c'est y répondre. 

Remarquez, je trouve sauvage l'augmentation drastique telle qu'elle est envisagée en ce moment. Une augmentation moins importante faite sur le plus long terme serait préférable. Cependant je suis d'avis que tous devraient mettre l'épaule à la roue. Les étudiants y comprit. J'ajouterai que les parents des étudiants fréquentant des écoles secondaires privées devraient également mettre l'épaule à la roue et payer plus cher pour une éducation qu'ils ont choisie privée, mais ça c'est un autre débat. 

En écrivant ces lignes, j'ai un peu le symptôme de l'imposteur. Mes études ont été entièrement payées par la succession maternelle. Ma mère a financé mes études en chopant le mal du siècle, et c'est avec un chèque puant les métastases au poumons que j'ai pu rembourser les fameux frais. Pour payer le reste, l'appart et la boustifaille, j'ai dû scanner des cacannes pendant près d'une dizaine d'années. 

D'un autre côté, je contribue au remboursement du prêt étudiant de l'Homme, qui a payé une vingtaine de mille une AEC de quelques mois. Déjà près de dix ans qu'il paie cette dette scolaire. Dix ans et une montagne de frais d'intérêt qui lui auront permis d'accéder à un emploi valorisant et somme toute payant dans un secteur en pleine expansion. Un revenu sur lequel il paie des impôts. Comme quoi ce n'est pas la faiblesse des coûts qui est le facteur déterminant dans l'accès aux études post-secondaires mais bien la détermination d'accéder à un avenir meilleur. Mais assez de cette tranche de vie qui n'apporte rien au débat. 

Pendant que je vous écris ces lignes, je regarde fiston dialoguer avec ses dinosaures et je me demande quel avenir notre société lui réserve-t-elle. Il n'aura pas à payer ses études, ou du moins qu'une partie de celles-ci, puisqu'il aura eut la chance d'avoir des parents croyant à l'importance de la scolarisation et s'étant procuré des REEE. Cependant, il n'aura jamais la chance de raconter à tous ses amis les voyages dans le sud qu'il ne fera pas ni d'expliquer à ses copains la ride de motoneige qu'il n'a pas faite à son chalet. C'est un choix que nous avons fait. La vie est faite de choix alors que l'être humain est fait de besoins. Il faut départager les besoins importants de ceux qui le sont moins afin de faire les bons choix. Peut-être nous reprochera-t-il un jour de ne pas lui avoir procuré le même train de vie que ses pairs, mais ce sera (je l'espère du moins!) avec un diplôme en poche.