Lorsque j'ai appris que Mimi était enceinte, c'était vers le milieu de la dernière saison, je craignais que le téléroman sombre dans la facilité en reprenant les ardeurs maternelles de la principale intéressée et en les utilisant pour magnifier et sur-exalter la relation mère-enfant. Je craignais que l’auteure en profite pour faire jaillir, dans toute sa plastique splendeur, l'image d'une mère parfaite, fleurant bon les roses comme celles qu'elle affectionne tant.
C'était sous-estimer la bienheureuse folie de Renée-Claude Brazeau.
Enfin, oh sacrilège! quelqu'un a osé démontrer la folie obsessionnelle de notre époque pour le sacro-saint allaitement maternel. Certains préfèrent parler de mafia de l'allaitement. Moi j'aime mieux dire dictature de l'allaitement, je trouve que le terme dictature se prête mieux à l'idée de discours unique qui est véhiculé en ce moment.
Bébé qui a faim, maman qui a les mamelons qui s'émiettent, la diabolisation du lait maternisé, les bassesses qui sont faites pour obtenir le précieux nectar crémeux... tout l'épisode criait: "Réveillez-vous les filles! Ça arrive que ça marche pas, acharnez-vous pas!" Merci, Renée-Claude.
C'est tellement rare que l'on nous tienne ce discours. Les mères qui n'allaitent pas sont constamment dépeintes comme des parias osant reléguer au second rang le bonheur et la santé de Junior. Les déchaînées de l'allaitement s'affichent au grand jour en arborant fièrement le nombre de mois d'allaitement comme d'autres le nombre de jours de sobriété. Et n’allez pas leur parler des inconvénients et des désavantages, c’t’idée! Aucun obstacle n’est insurmontable sans une touche de bonne volonté et un vidéo du docteur Newman. Docteur qui, comme tout le monde le sait, a allaité de très nombreuses années tous les enfants qu’il a portés en son sein.
Celles qui ont fait le choix de ne pas allaiter respectent bien souvent l’omerta imposée par l’idéologie de l’époque. Elles savent bien que les jugements de valeur, les préjugés et les regards accusateurs tomberaient sur elles comme les tsunamis sur le pauvre monde si jamais elles osaient s’afficher au grand jour.
« Quoi? T’allaites pas? Mais … et les anticorps? Tu as pensé au système immunitaire de ton bébé? Et le sentiment d’attachement? La symbiose absolue dans l’échange de fluide corporel? Tu réalises qu’il y a un bout de plastique entre toi et la chair de ta chair? Et si tu en fais un psychopathe, tu réalises? Dexter, pour moi, n’a pas été allaité. Harper non plus. »
Il y a des cliniques d’allaitement, des spécialistes et des marraines, des associations, des défis et une journée spécialement pour ça, des forums et des conventions, des festivals et une journée fériée. Bon, je m’emporte.
À me lire, vous vous dites sûrement que je suis une maman frustrée qui n’a rien voulu savoir de s’extasier devant une petite bouche édentée tétant goulûment ce qui me sert d’objet sexuel à temps partiel… et bien non. J’ai essayé. Vraiment. Trois douloureux mois. J’ai parcouru mon chemin de croix, les mamelons rouges d’irritation, de sang et d’enflure. J’ai donné … puis j’ai abandonné. Santé mentale aidant. Ben oui toi, ma santé mentale a primé sur le système immunitaire de la demi-portion. La même demi-portion qui en près de trois ans n’a fait qu’une otite. Et qu’un, parfois deux, rhume par an. Aucun probiotique n’a même été assassiné lors de la réalisation de cette Face de Pet. Une santé de fer. De béton. D’acier. Faut croire qu’avec l’allaitement j’aurais pu en faire un Super-Héros invincible. La vache!
Au moins, lors qu’il fera ses petites affaires de psychopathe, à défaut d’être invincible, il sera en pleine santé.